Apprendre ou être conditionné ?

Comment s’y retrouver dans la jungle des connaissances

Aux yeux d’un étudiant, une science sera bonne ou mauvaise en proportion directe de la connaissance qu’il en a. Il appartient à l’étudiant de découvrir qu’elle est la précision des outils de cette science.

Avant de commencer à discuter, critiquer ou essayer d’améliorer les données qui lui sont présentées, il devrait découvrir pour lui-même si les processus d’une science sont ce qu’on affirme qu’ils sont ou non, et si elle accomplit ou non ce qu’on lui a attribué.

« L’Homme n’a jamais su grand-chose sur ce que contenait son système mental. »

Il devrait se faire sa propre idée quant à ce qui lui est enseigné à l’école : procédures, techniques, mécanismes et théories. Il devrait se poser à lui-même ces questions : est-ce que cette donnée existe ? Est-elle vraie ? Fonctionne-t-elle ? Produira-t-elle les meilleurs résultats possibles dans le plus court laps de temps ?

D’ordinaire, l’Homme a deux manières d’accepter les choses. Ni l’une ni l’autre ne sont très valables. L’une consiste à accepter une affirmation parce que l’autorité dit qu’elle est vraie et qu’il faut l’accepter ; et l’autre de l’accepter parce qu’une majorité de gens sont d’accord là-dessus.

L’accord de la majorité est trop souvent le critère général qui permet de trancher entre folie et santé d’esprit. Supposez que quelqu’un entre dans une pièce pleine de monde et montre soudain le plafond en disant : « Oh ! Regardez ! Il y a une énorme araignée de quatre mètres au plafond ! » Tout le monde regarderait, mais personne d’autre que lui ne verrait l’araignée. Finalement quelqu’un le lui dirait. « Mais si, il y en a une ! » déclarerait-il : il se mettrait très en colère quand il se rendrait compte que personne n’est d’accord avec lui. S’il continuait à affirmer sa croyance en l’existence de l’araignée, il ne tarderait pas à se faire interner.

Eduquée de façon quelque peu floue, cette société définit comme mentalement équilibré celui qui est d’accord avec tous les autres. C’est faire preuve de légèreté que d’accepter cela comme une évidence, mais hélas, c’est trop souvent le premier critère utilisé.

Et selon le principe de référence à l’autorité, on entend dire : « Est-ce que le docteur J. Dupont est d’accord avec votre proposition ? Non ? Alors, bien sûr, elle ne peut être vraie. Le docteur Dupont est une éminente autorité en la matière. »

Un homme du nom de Galien régnait par son autorité sur le domaine de la médecine. Un autre homme du nom de Harvey ébranla la position confortable de Galien en émettant une nouvelle théorie sur la circulation du sang. Galien était d’accord avec les gens de son époque quant à la théorie des « marées sanguines ». ils ne savaient rien sur l’action du cœur. Ils acceptaient tout ce qu’on leur avait enseigné et réalisaient peu d’observations directes. Harvey travaillait à l’Académie royale de médecine, et c’est en procédant à la dissection animale qu’il découvrit la véritable fonction du cœur.

Il eut le bon sens pendant un certain temps de garder ses découvertes secrètes. Léonard de Vinci avait plus ou moins découvert ou postulé la même chose, mais c’était un « artiste cinglé », et personne n’allait croire un artiste. Harvey avait assisté à la représentation d’une pièce de Shakespeare dans laquelle l’auteur faisait la même observation, mais encore une fois l’idée que les artistes ne contribuent jamais à rien dans la société empêchait tout le monde, Harvey mis à part, de considérer cette observation comme n’étant pas de la fiction.

« Quand un homme essaie de bâtir sa vie, sa profession sur des données que lui-même n’a jamais analysées, il n’a aucune chance de réussir. »

Enfin, Harvey annonça sa découverte. Immédiatement, on lui jeta des chats crevés, des fruits pourris et des tessons de bouteilles. Il suscita une véritable agitation dans les cercles médicaux et sociaux et, finalement, en désespoir de cause, un médecin fit cette déclaration devenue depuis historique : « Je préfère errer avec Galien qu’avoir raison avec Harvey. »

L’Homme n’aurait pas avancé d’un pouce s’il n’y avait eu que cette méthode-là pour tester une théorie. Mais de temps en temps, dans l’histoire de l’humanité, il s’est trouvé des rebelles que l’opinion de la majorité ne satisfaisait pas et qui testèrent les faits par eux-mêmes, observant et acceptant les données de leur observation, puis les testant de nouveau.

Il est probable que le premier homme qui a confectionné une hache de silex a regardé un morceau de silex et en a conclu qu’une pierre non polie pouvait être taillée d’une certaine façon. Quand il découvrit que le silex se prêtait facilement à la taille, il dut se précipiter vers sa tribu et essayer de leur enseigner à fabriquer des haches ayant le forme désirée, au lieu de passer des mois à rechercher des pierres qui auraient par chance la forme voulue. Il y a fort à parier qu’il fut chassé du camp à coups de pierres.

Continuons à donner libre cours à notre imagination. On peut facilement imaginer qu’il réussit finalement à convaincre un autre membre de la tribu que sa technique fonctionnait et qu’à eux deux ils ligotèrent un troisième individu avec des lianes et le forcèrent à les regarder tailler une hache à partir d’une pierre brute. Finalement, après avoir convaincu quinze à vingt membres de la tribu en les forçant à regarder une démonstration, les partisans de la nouvelle technique déclarèrent la guerre au reste de la tribu et, vainqueurs, la contraignirent à se rallier par décret.

L’évaluation des données

L’Homme n’a jamais su grand-chose sur ce que contenait son système mental, à savoir des données. En quoi consistent des données ? qu’est-ce qu’évaluer des données ?

Au cours de toutes les années pendant lesquelles la psychanalyse a enseigné ses doctrines à chaque génération de médecins, c’est la méthode dogmatique qui fut utilisée, comme on peut s’en rendre compte en lisant quelques-uns des livres sur le sujet. On y trouve sans arrêt : « ce que Freud a dit »… La chose la plus importante n’est pas ce que « Freud a dit », mais : « Cette donnée a-t-elle de la valeur ? si elle en a, de quoi s’agit-il ? » On peut dire qu’une donnée n’a de la valeur que dans la mesure où elle a été évaluée. Une donnée ne peut être prouvée que par comparaison avec d’autres, et son importance se fonde sur le nombre de données qu’elle permet de comprendre. Ainsi la plus grande donnée possible serait celle qui rendrait clair et embrasserait tout ce que l’Homme sait dans l’univers matériel.

Malheureusement, il n’y a rien de semblable à une telle Donnée Première. Il doit y avoir, non pas une donnée mais deux données, puisqu’une donnée est sans utilité si l’on ne peut l’évaluer. En outre, il doit exister une donnée de grandeur comparable grâce à laquelle on puisse évaluer toute donnée reçue

Les données ne sont vos données que si vous les avez vous-même évaluées. Ou bien ce sont des données qui vous sont transmises par une autorité, ou bien ce sont vos données. Si ce sont vos données parce que transmises par une autorité, quelqu’un vous les a imposées, et dans le meilleur des cas, c’est déjà plus qu’une légère aberration.

Bien sûr, si vous posiez une question à un homme qui, à vos yeux, connaît son affaire et qu’il vous réponde, sa donnée ne vous aura pas été imposée. Mais vous vous éloignez de lui et adoptiez depuis lors cette donnée sans prendre la peine de la vérifier par vous-même, en la comparant à l’univers connu, vous ne termineriez pas le cycle de votre apprentissage.

« La surcharge d’informations dans notre société constitue une éducation imposée, que l’individu n’a jamais eu la possibilité de tester. »

D’un point de vue mécanique, l’inconvénient majeur du mental, c’est le désordre qu’il contient ; la surcharge d’informations dans notre société constitue une éducation imposée, ce que l’individu n’a jamais eu la possibilité de tester. Littéralement, quand on vous dit de ne pas considérer la parole de quelqu’un comme une donnée absolue, on est en train de vous demander de rompre avec une habitude qu’on vous a imposée quand vous étiez enfant.

Vérifiez ce qu’on vous dit pour vous-même et voyez si cette donnée est vraie ou fausse. Et si vous vous rendez compte qu’elle existe vraiment, vous vous sentirez à l’aise par la suite ; sinon, sans même que vous le sachiez, il se peut que vous découvriez, au cœur de votre éducation et de vos connaissances, une question non résolue qui sapera votre capacité à assimiler ou à mettre en pratique ce qui se rattache à une technique. Sur ce sujet, votre esprit ne sera pas aussi agile qu’il le faudrait.

Regard sur les sciences

La raison pour laquelle l’ingénierie et la physique ont pris une telle avance sur les autres sciences, c’est qu’elles posent des problèmes qui sanctionnent l’Homme très sévèrement s’il ne regarde pas avec soin l’univers matériel.

« Ainsi le seul conseil que je puisse donner à l’étudiant est d’étudier un sujet pour lui-même et de l’utiliser avec la précision requise, puis de se forger sa propre opinion. »

Prenons un ingénieur qui est confronté au fait d’avoir à percer un tunnel dans une montagne pour faire passer une voie ferrée. On fait venir des camions des deux côtés de la montagne. S’il se trompe dans son estimation des distances, les deux entrées ne coïncideront pas au milieu du parcours. Il serait dans ce cas si évident pour tous les intéressés que l’ingénieur a commis une erreur, qu’il fait très attention de ne pas en commettre. Il observe l’univers réel, non seulement au point que les deux parties du tunnel se raccordent à un fraction de centimètre près, mais aussi au point qu’il sait que, s’il devait se tromper sur le caractère de la roche qu’il fore, le tunnel s’effondrerait, et cet accident serait considéré comme une circonstance très malheureuse et très fâcheuse pour les chemins de fer.

La biologie se rapproche davantage que les autres sciences d’une vraie science parce que, dans son domaine, si quelqu’un faisait une trop grosse erreur à propos d’un microbe, le résultat immédiat serait dramatique et terrifiant.

Supposons qu’un biologiste soit chargé d’injecter du plancton dans un réservoir d’eau. Le plancton est formé de « germes » microscopiques très utiles à l’Homme. Mais si, par inadvertance, il injectait des germes typhoïdes dans le réservoir d’eau potable, il en résulterait des conséquences dramatiques immédiates.

Supposons qu’un biologiste doive mettre au point une levure qui, placée dans une pâte à pain blanc, le colorerait en brun. Cet homme fait face à la nécessité de créer une levure qui aura non seulement les propriétés d’une levure mais servira encore de teinture. Il doit traiter des aspects pratiques du problème parce qu’après avoir annoncé son succès, la levure sera mise à l’épreuve : le pain est-il comestible ? Et le colorant aussi sera testé : le pain est-il brun ? Etant donné que même le profane peut procéder aisément à cet examen, on saurait tout de suite si le biologiste a réussi ou échoué.

Les principes de base

Quand un homme essaie de bâtir sa vie, sa profession sur des données que lui-même n’a jamais analysées, il n’a aucune chance de réussir.

Les principes de base sont très, très importants, mais tout d’abord il faut apprendre à penser pour acquérir une certitude réelle sue ces principes de base. Il n’est pas particulièrement difficile d’apprendre à penser. Penser consiste simplement à mettre en parallèle une donnée particulière et l’univers matériel tel qu’on le connaît et qu’on l’observe.

L’autoritarisme est un peu plus qu’une forme d’hypnotisme. Il vous contraint d’apprendre sous la menace d’une sanction. On bourre le crâne de l’étudiant avec des données qu’il n’a pas analysées une à une, tout comme un taxidermiste empaillerait un serpent. Un tel étudiant sera bien informé et bien éduqué selon les normes en usage mais, malheureusement, il ne réussira guère dans la profession qu’il a choisie.

Ne commettez pas l’erreur de critiquer quelque chose en prenant pour critère l’opinion d’autrui. Le seul critère qui compte consiste à dire si cette information concorde ou non avec votre opinion. Cela correspond-t-il à ce que vous pensez ?

La plupart des gens ont observé d’une façon ou d’une autre l’univers matériel. Personne ne connaît tout, par exemple, d’un organisme, mais il n’y a pas pénurie d’organismes à étudier. Il n’y a pas de raison valable d’accepter l’opinion du professeur Blotz de l’université de Blitz, qui disait en 1933 que les schizophrènes sont schizophrènes, et que c’est ce qui les rend schizophrène pour toujours.

« L’autoritarisme est un peu plus qu’une forme d’hypnotisme. Il vous contraint d’apprendre sous la menace d’une sanction. »

Si vous vous intéressez aux manifestations de la folie, il existe toutes les formes de folie qu’on puisse espérer rencontrer au cours d’une vie, pratiquement n’importe où dans le monde. Etudiez les excentricités des gens qui vous entourent et demandez-vous à quoi ils ressembleraient si leurs petites excentricités étaient multipliées par cent. Vous découvrirez qu’en faisant la liste de toutes les excentricités observables, vous obtiendriez une liste complète de toutes les folies du monde. Cette liste pourrait bien être beaucoup plus précise que celle qui avait été avancée par Kraepelin et qui est en usage actuellement aux Etats-Unis.

Ainsi, le seul conseil que je puisse donner à l’étudiant est d’étudier un sujet pour lui-même et de l’utiliser avec la précision requise, puis de se forger sa propre opinion. Qu’il l’étudie avec l’intention de parvenir à ses propres conclusions : les principes qu’il a assimilés sont-ils corrects et exploitables ou non ? Qu’il compare ce qu’il a appris avec l’univers connu. Qu’il cherche les causes derrière les manifestations, et prévoie la manière et la direction que prendra probablement cette manifestation. Ne permettez pas à l’autorité de qui que ce soit ou de quelque école de pensée que ce soit de créer des conclusions toutes faites dans votre domaine de connaissance.

C’est seulement en gardant à l’esprit ces seuls principes d’éducation que vous pouvez devenir un individu vraiment instruit.

Ron Hubbard
Extrait du livre Une nouvelle optique sur la vie